Ça dansait à l’opéra de Rennes samedi 27 mars…

https://www.ouest-france.fr/bretagne/rennes-35000/l-opera-de-rennes-occupe-plusieurs-jours-pour-demander-la-reouverture-des-lieux-culturels-7184556

C’était il y a cinq jours déjà… Mais oui, ça dansait !
Et moi, samedi, j’y étais, place de la mairie. Une amie chère m’avait prévenu. « A 15h30, y a Beat Bouet Trio ! Ça va danser ! »
Bon, ben, forcément… ce n’est pas comme si je dansais trop en ce moment. D’ailleurs, je ne crois pas que ça me soit déjà arrivé d’avoir l’impression de danser trop. Je suis plutôt du genre à ne pas faire de pause, que ce soit en bal, en milonga ou en jam et à terminer quand tout le monde est HS. Mais c’est un autre débat.
Donc, franchement en manque de danse et frétillante à l’idée de pouvoir aller gigoter avec de chouettes gens sur de la super musique, je prends ma petite auto et zou, la grande ville !

Ça dansait du tango, des claquettes et …

J’arrive sur une place de la mairie relativement animée. Des « intermittent.e.s » (synonyme de chieurs qui foutent la zone et ne laissent pas le gouvernement tout casser en paix), des spectateurices, des danseureuses… et, ah oui, des CRS.
Ma foi, pas mal de CRS. Déjà, quand j’en vois un ou deux, ça me crispe un peu. Je ne sais pas pourquoi, je n’ai plus confiance. Peut-être à cause de leur usage un peu trop enthousiaste des LBD* dans les manifs de ces dernières années. Oui, peut-être à cause de ça. Ou peut-être parce qu’ils ne sourient pas beaucoup. Faut-il utiliser l’écriture inclusive pour parler des CRS ? J’imagine que oui ?
Mais je digresse, je digresse.
Or, donc, ce n’était pas encore l’heure du bal, c’était l’heure des spectacles. Je ne savais pas où donner de la tête. Car en fait, des spectacle, y en avait plusieurs en même temps ! Devant moi, un duo de tango, autour de moi, un ballet de CRS.

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Ça dansait en vrai, devant moi, avec des vrais gens !

Je me suis mise à pleurer. Fort. Je ne sais pas ce qui m’émouvait le plus. De revoir des danseureuses de tango en chair et en os après plus d’un an de pause (j’ai pu danser un peu le contact, mais je n’ai pas vu de tango depuis… tout ça), de penser que les CRS étaient autour de nous et que qui dit CRS dit risque de blessure accidentelle potentiellement grave, ou cette pensée, tout à fait déprimante : « je n’aurais jamais pensé qu’en 2021, en France, danser sur une place serait assimilé à un acte de rébellion, à une transgression pareille. Me voilà une militante engagée sans le vouloir !!!!
Donc, spectacles et c’était juste tellement bon d’être là, assise par terre au soleil et de regarder de la danse ! De la DANSE ! Je n’en reviens toujours pas, un an après, qu’on ait le droit de s’entasser dans des transports en commun ou des supermarchés, mas pas celui de danser. Passons, je digresse encore !
De temps en temps, une danseuse au micro nous rappelait gentiment que si on ne voulait pas se faire expulser de la place manu militari, il fallait qu’on se mette par petits groupes de 6 personnes maxi. Les CRS aussi nous le rappelaient. Ils allaient de groupe en groupe demandant aux gens de s’éloigner les un.e.s des autres.

Les CRS aussi voulaient qu’on les admire…

Puis à un moment, on a assisté à une véritable chorégraphie.
Tous ces individus casqués, bardés de protections et munis d’armes dont je ne veux connaître ni les capacités de destruction ni le poids ni le nom se sont réunis en groupe dans coin de la place. Entre temps, l’espace scénique s’était vidé, pour préparer le groupe d’après (le bal, justement, si mes souvenirs sont bons). Et puis, on a vu tous ces messieurs (je n’arrive pas à faire de l’écriture inclusive avec les CRS. Que les femmes CRS s’il y en avait me pardonnent), sur deux colonnes dignes d’un spectacle de kermesse, entrer sur la scène, se séparer en deux lignes pour faire face aux spectateurs à cour et à jardin… il y a eu un instant de suspens… un peu long… j’avais arrêté de pleurer entre temps, ça a relancé mes larmes illico… je me disais « non, ils ne vont pas nous chasser, ils ne peuvent pas faire ça! », j’avais peur un peu. C’est particulier d’être assise par terre et d’avoir à 1 mètre de toi un grand type (il était tout tout jeune, celui qui était devant moi) qui peut te tuer d’un coup de matraque s’il vise bien et qu’il tape assez fort !
Mais non, ils ont juste annoncé : « écartez-vous les uns des autres » et ils sont rentrés dans le public chacun par son couloir, s’il y avait eu des pendrillons ils n’auraient pas fait mieux, pour nous encourager à obéir un peu plus vite et efficacement.

Et puis après, ça a dansé encore

Puis le bal a commencé. Je n’avais pas de partenaire et les CRS rodaient donc pendant la première danse je suis restée sur le bord. Puis j’ai trouvé des copains et des copines avec lesquel.les danser et je les ai oubliés !!! Assez vite, à ma grande surprise. Il faut dire aussi qu’ils avaient dû changer d’avis, ou recevoir d’autres ordres, parce que un peu plus tard, je me suis rendu compte qu’ils avaient disparu.
Nous on a été assez sages, au moins au début. On a gardé nos masques, jusqu’à ce qu’on étouffe, et on a dansé à 2, à 3, à 6 et pas plus. J’ai retrouvé des gens que je n’avais pas vus depuis longtemps ce qui faisait du bien, et rencontré de nouvelles personnes ! Mais oui !
Je m’en suis rendu compte après, mais depuis un an, j’ai rencontré très très peu de nouvelles personnes ! Or, il y a des tas de gens nouveaux qui errent de par le monde et à la rencontre desquels j’ai très envie d’aller !
Alors je crois les doigts, il paraît que le roi parle ce soir, on verra bien ce qu’il nous prépare !

Mais une chose est sûre, ça dansait et ça dansera encore !

 

 

La définition précise des LBD (très intéressante !)je ne vous en mets qu’un extrait et je vous conseille d’aller lire l’article en entier ! 

« Lanceur de balles de défense » (LBD) est un terme de l’administration française désignant une « arme sublétale » utilisant un projectile conçu pour se déformer/s’écraser à l’impact et limiter le risque de pénétration dans un corps vivant, mais avec une puissance d’arrêt suffisante pour dissuader ou arrêter un individu.

Pour en savoir un peu plus : sur l’occupation de l’opéra  https://www.ouest-france.fr/bretagne/rennes-35000/l-opera-de-rennes-occupe-plusieurs-jours-pour-demander-la-reouverture-des-lieux-culturels-7184556

Et l’image est de Gwen Moreau, mais elle a été prise le mercredi, pas le samedi. Nous étions beaucoup plus nombreuxses le samedi !

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Cet article a 4 commentaires

  1. Céline

    Ce qui me touche le plus dans ce récit c’est le moment où tu te mets à pleurer. La manière dont tu décris et expliques ce moment. Tant de fragilité et de délicatesse au milieu d’une scène étrange peuplée de danseurs et de CRS… Peu de gens osent pleurer comme ça, et le dire. Ça devait être tellement libérateur… Et ça me fait penser à une amie qui déplore les « distances sociales » actuelles… Parce qu’elle ne peut plus prendre dans ses bras ou frotter le dos des gens qui pleurent dans la rue… Ça la désole… Elle me dit : « Alors avant je pouvais demander à la dame si ça allait, lui tenir le bras un peu… Maintenant je n’ose plus… »
    Quand tout cela sera fini, peut-être qu’on gardera le souvenirs d’instants fragiles et délicats… 🙂

    1. Alice

      Oui. C’était étonnant, ces larmes qui coulaient, coulaient… Cette émotion si grande que je n’avais pas du tout anticipée.
      Et de pouvoir toucher des gens, aussi, pendant le bal. Qu’il y ait encore des endroits avec des contacts humains simples et doux.

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