Ce matin, je suis triste, en colère, un peu frustrée. Cocktail désagréable. Mais je suis contente d’en prendre conscience. Hier, je n’ai pas voulu le voir et j’ai fui toute la journée dans un tas d’activités certes utiles (j’ai passé beaucoup de temps sur mon site internet, j’ai fait de la comm’ et finalisé mes comptes perso de 2019! ) mais pas non plus indispensables vu les circonstances. Et puis je n’ai pas réussi à me coucher tôt et ça me contrarie de ne pas réussir à prendre soin de moi comme j’aimerais.

Mais ce matin, je vois tout ça et c’est déjà le début du soulagement.
Je comprends aussi une partie des raisons pour lesquelles je ressens colère, frustration, tristesse.

Ca a essentiellement à voir avec mes réunions internet rebaptisées « cercles de parole ».

Je sais avec quel élan je les ai lancées. Je me suis dit : ce confinement va être plus long que les 15 jours annoncés, probablement beaucoup plus long même et nous allons avoir besoin de soutien et d’espaces pour accueillir les émotions difficiles, pour nous écouter les uns les autres, nous soutenir.
J’ai aussi pensé que j’avais des outils formidables à offrir : la CNV, qui permet de s’écouter mieux, de trouver sous les émotions quellles qu’elles soient des besoins qui sont soit joyeusement nourris soit pas trop, voire pas du tout… et je sais que descendre sous l’émotion pour trouver ce qui la génère, mettre le doigt sur un besoin est déjà, en soi, un grand soulagement.

D’autant plus qu’une fois cette étape franchie (ex : je suis triste, c’est parce que j’ai besoin de compagnie et que me sens seul.e dans mon appartement), on découvre qu’il y a des milliers de façons de répondre à un besoin. On appelle ça les stratégies en CNV : Si j’ai besoin de compagnie, je peux bien sûr aller voir des gens, c’est souvent notre stratégie favorite. Mais je peux aussi les appeler, penser à eux, leur écrire, je peux aussi me mettre dans l’état émotionnel dans lequel je serais si j’étais avec elleux… Bref, je ne suis pas complètement démuni.e.

Et c’est tellement précieux pour moi, ça me donne tellement de joie de partager ça !

Et, là… avec ces groupes de paroles… et bien je vois que je tâtonne. Je vois que je suis en train d’apprendre à faire quelque chose que je n’ai jamais fait sous cette forme… que je ne me sens pas aussi pertinente que j’aimerais l’être. Et je déteste ça !

Les premiers jours, j’ai un peu tourné en rond : pas de déroulé précis, pas d’objectifs : on a partagé, certes et c’était un début, mais je n’ai pas trouvé ça complètement concluant même si ça m’a quand même réjouit du simple fait que ça existait.

Puis, j’ai posé un cadre au fur et à mesure. Le 3e jour, des questions précises pour nous donner une direction. Le 4e jour, des règles de fonctionnement pour garantir la sécurité de tous…

Mais je bugue encore. Hier par exemple, j’ai réagi beaucoup plus vivement que je n’aurais aimé le faire à des commentaires qui étaient pourtant tout à fait bienveillants. Ca me met en colère. Je sais que j’avais envie de garantir le cadre de sécurité… Mais qu’en le faisant de cette façon, j’ai peut-être été à l’encontre de ce que j’avais envie de faire ! Aaaargh. J’essaie d’avoir de la bienveillance pour moi-même, et il m’arrive de ne pas trop y arriver :-).

Aujourd’hui, 5e jour, j’ai un peu peur. La réunion commence dans 30 minutes et je ne sais pas exactement ce que je vais dire ou faire.

J’aimerais clarifier pour moi-même ce que j’ai envie de proposer : est-ce juste un espace de parole, auquel cas je laisse chacun.e s’exprimer en lien ou pas avec la proposition du moment ou est-ce un espace où j’ai envie d’inviter les gens à creuser au fond d’eux et où je leur propose des outils et une écoute un peu différente qui pourraient leur permettre de se relier à leurs besoins et d’inventer de nouvelles stratégies… ?

Je crois que c’est ça, au fond, que j’ai vraiment envie de faire. Et je sais qu’en individuel, je sais le faire. Mais en groupe, même si le groupe est petit ? Le challenge pour moi, c’est de donner une place à chacun.e. Mais peut-être que tout le monde n’a pas le même besoin d’expression. Peut-être que certain.e.s seraient juste content.s d’être là, et d’écouter quelqu’un.e se faire accompagner ?

Peut-être. Je ne sais pas. Je demanderai à celleux qui sont là, ce qu’ils en pensent.

Je me dis que c’est une chance que je tâtonne maintenant ; au fur et à mesure que le confinement dure, il sera de plus en plus utile que je sache ce que je fais et comment je le fais !

En tout cas, je continue tous les jours week-ends inclus…

Au plaisir de peut-être vous y croiser un jour ou l’autre !

Alice

 

PS : début d’après-midi. Petit groupe ce matin, 4 puis 3 personnes alors que nous étions 7 hier… C’était doux et chaleureux pour moi. Facile. L’envie de continuer à offrir cet espace est intacte.

Vivement demain !

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Cet article a 2 commentaires

  1. Caroline Alleaume

    Merci Alice pour tout ce que tu fais et ce que tu écris.
    En ce qui concerne les groupes de paroles. Tu as raison, il y a peut-être des gens qui aimeraient juste être là sans s’exprimer. J’ai tout de suite aimé ton idée de groupe de paroles, mais, voilà, je ne suis pas très aguerrie en matière de nouvelles technologies (qui ne sont plus très nouvelles) et même sans technologies j’ai tendance à ne pas beaucoup m’exprimer en groupe. J’avoue que je me suis dite que si on me demandait de m’exprimer et que j’en n’avais pas envie, je n’aurais pas été dans une situation facile et confortable. Alors, pourquoi se mettre la pression, il vaut mieux éviter. Bon, je vais essayer d’être là un de ces matins. Bonne continuation, c’est super ce que tu fais.

    1. Alice

      Bonjour Caroline
      Merci pour ton message. Je crois que grâce à lui, je vérifierai en début de cercle de parole que chacun.e a envie de s’exprimer. J’offrirai quand même la paroles à tou.te.s avec l’autorisation encore plus explicite de ne pas répondre si on n’en éprouve pas le besoin. Au plaisir de peut-être t’y croiser.
      Alice

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