The still face experiment (l’expérience du visage inexpressif)

Cette expérience date des années 70. On y voit une mère interagir avec son bébé (qui a moins d’un an). Les deux communiquent verbalement et non verbalement, se font sourires, mimiques, petits bruits etc. et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.
Puis, l’expérience continue et on change une variable : la mère, assise face à son enfant, cesse de répondre à ses interractions : elle reste impassible, ne répond ni par des gestes, ni par la voix. On peut alors observer l’enfant mettre tout en œuvre pour attirer l’attention de sa mère. Il pointe du doigt, s’agite, use de ses plus beaux sourires, etc. pendant une durée insupportablement longue (l’expérience dure 3 minutes) avant de partir en panique et de se mettre à pleurer.

Et moi avec.

Cette séquence est pour moi insupportable. Insoutenable.
D’abord parce que cet enfant souffre. Il ne comprend pas ce qui lui arrive. Rien dans ce qu’il a vécu jusqu’à présent ne peut expliquer la soudaine impassibilité de sa mère qui reste devant lui, figée, comme morte.
Parce que je ne peux m’empêcher de penser que ça inscrit dans son corps une peur panique, un doute quant à la sécurité qu’il pouvait avoir avec sa mère, une faille dans le déroulé du monde. A partir de maintenant, l’insoutenable, l’incompréhensible peut survenir. Bref, il y a trauma, aussi mineur soit-il (mais qui peut le mesurer ? Les scientifiques qui mènent ses expériences ont-ils les outils pour le mesurer, eux qui aiment mesurer, analyser, dépiauter des données?) et ce trauma était évitable.

Mais surtout, ce qui me traumatise moi, c’est que des gens, sous couvert de science, puissent objectiver ainsi des êtres humains. Les utiliser à leurs propres fins expérimentales. Pour leur service et soi-disant au service de la science. Alors que bon sang, il suffit de le demander à n’importe quel parent, n’importe quelle personne qui a déjà été en relation avec quelqu’un. On pourrait même le faire avec des adultes consentants (je l’ai déjà fait, et sans être traumatisant, c’est vraiment une expérience fort désagréable!).

« L’expérience met en évidence les réactions de détresse des nourrissons face à un visage inexpressif ou impassible. »https://fr.wikipedia.org/wiki/Edward_Tronick
J’hallucine qu’il faille faire une expérience pour découvrir ce que n’importe qui sait ! Et en fouillant un peu sur internet, j’ai vu que cette expérience a été reproduite maintes et maintes fois, dans de nombreux contextes et qu’on y a découvert, oh surprise que les enfants présentent moins de signe de stress après l’expérience si leur attachement à leur parent est plus sécure. Surprise de taille ! Purée !
Croire qu’on ne peut arriver à la connaissance que par des chiffres, des observations en laboratoire, des courbes et des graphiques… est un non sens. Bon sang, nous ne sommes pas que des cerveaux ! Nous sommes des êtres sensibles, nous avons des sens, des connaissances empiriques qui n’ont pas moins de valeur pour élaborer une image du monde que ces tests froids et sans âme qui négligent l’humain en cherchant à mieux le comprendre. Il faut arrêter de croire que la science est cette chose dure et sans âme. On peut connaître le monde de mille façons qui ont toutes leur valeur. Mais nous avons érigé cette science-là comme la seule valable.

En plus, rien ne justifie à mes yeux d’utiliser des humains comme s’ils étaient des objets qu’on peut étudier sans se soucier de leur bien-être et des conséquence sur eux des expériences qu’on leur fait subir. Ce n’est pas différent dans le fond des expériences menées par les nazis dans les camps. Bien sûr, on prend plus de précautions et bien sûr on ne « torture » personne… mais du point de vue de la démarche, c’est exactement la même ! Je me sers de l’autre à mes propres fins, point barre. Ca, ça me rend folle !

L’enfer est vraiment pavé de bonnes intentions.
Mais ce qui me bouleverse encore plus, c’est le nombre de gens qui trouvent ces expériences normales. Qui ne voient pas le problème. Qui s’inquiètent pour moi « mais pourquoi tu surréagis ? »… Merci de vous inquiéter. Mais je m’inquiète pour vous, moi « pourquoi tu considères ça comme normal ? »

Les gens qui le justifient disent : ça arrive dans la vie normale ! Sans blague ! Est-ce parce qu’il y a des gens qui commettent des meurtres que ça nous donne le droit d’en commettre un pour observer comment la famille réagit et s’adapte à la violence du choc ? Ça serait pourtant une belle expérience à mener ! On va me dire, tu exagères toujours. Oui, mais à dessin. Pour faire des parallèles. Montrer où se niche l’horreur.

Dans mon monde idéal, on ne pourrait pas, jamais, utiliser un être humain à ses propres fins sans obtenir au préalable son consentement. On n’aurait pas le droit d’en faire un esclave, de l’exploiter économiquement, sexuellement, scientifiquement. On le considérerait comme une personne, précieuse et fragile, on ne le confondrait pas avec une machine qui peut travailler sans se fatiguer, on ne le confondrait pas avec un objet d’expérience, ou un objet de plaisir, ou… bref.
Dans mon monde idéal, chacun serait respecté et traité avec bienveillance, son bien-être plus important que l’avancée de la science ou l’augmentation du PIB…
Mais bon, il va falloir encore travailler pour créer ce monde-là.

Au boulot, les ami.es.

fr.wikipedia.org
Edward Tronick est un psychologue du développement et professeur d’université émérite américain. Il est surtout connu pour ses recherches expérimentales auprès des bébés et le paradigme du visage impassible…
Edward Tronick est un psychologue du développement et professeur d’université émérite américain. Il est surtout connu pour ses recherches expérimentales auprès des bébés et le paradigme du visage impassible (ou inexpressif), en anglais still face experiment.

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