Les quatre façons de recevoir un message

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Les quatre façons de recevoir un message (petite pratique de Communication NonViolente)

Dans quelles situations y a-t-il quatre façons de recevoir un message ?

  •  Votre fille « Ah non maman, tu ne peux pas t’habiller comme ça, c’est trop moche !»
  •  Une collègue « Oh, tu as une petite mine. »
  •  Votre partenaire « Bon sang, tu ne peux pas débarrasser la table quand tu as terminé ? »
  •  La voisine : « Eh, va falloir penser à couper vos herbes hautes, je ne vois rien quand j’essaie de traverser ce carrefour. Vous voulez me tuer ?  »
  •  Votre frère « Tu ne rappelles jamais ! »
  •  Votre pire cauchemar : « Non mais t’es con.ne ou quoi ? »

Toute ressemblance avec des situations réelles n’est pas complètement fortuite.
Entendre des trucs qu’on préférerait ne pas entendre, ça nous arrive tout le temps.
Chaque fois qu’un message est difficile à recevoir, quelqu’en soit la raison, quelle que soit la situation, bonne nouvelle, il y a toujours plusieurs façons possibles d’y réagir. Enfin, dans la théorie. Parce qu’on est bien d’accord, la pratique, c’est autre chose !

Les deux façons habituelles de recevoir un message :

Les deux premières façons sont souvent les plus habituelles, c’est à dire celles avec lesquelles la plupart d’entre nous ont grandi.

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Se retourner contre l’autre

On peut répondre par l’agressivité envers l’autre. Celle-ci peut être exprimée ou pensée, mais ça revient au même. En général, les mots nous viennent facilement, même si on a appris à ne pas les prononcer !

  •  Oui, bah moi, au moins, je ne contribue pas à la pollution de la planète par mes achats de fringues intempestifs !
  •  Tu ne t’es pas regardée !
  •  Le jour où tu mettras tes chaussettes au sale on reparlera des trois cuillères qui ne sont pas dans le lave-vaisselle !
  •  Tu crois que j’ai que ça à foutre ?
  •  Je ne sais pas si tu as remarqué, mais tu n’appelles pas très souvent non plus !
  •  Mais ferme ta gueule !

Je pense que les exemples sont clairs, pas besoin d’en rajouter des tonnes.

Se retourner contre soi

On peut répondre par l’agressivité envers soi-même. On peut se sentir coupable et/ou avoir honte et ça va donner des réponses (ici encore, à voix haute ou dans notre fort intérieur, ça revient au même) de ce genre :

  •  C’est vrai que je me néglige un peu, je devrais faire plus d’efforts.
  •  Elle a raison, j’ai vraiment une sale tête. Faut dire que je suis trop nulle, je n’arrive pas à prendre soin de moi !
  •  Je suis désolée, je m’en veux, je suis tellement un boulet à laisser traîner mes cuillères comme ça !
  •  Oh là là, Je suis vraiment une voisine irresponsable. Je mets des gens en danger de mort par mon incapacité à couper ces quelques herbes trop hautes !
  •  Ben, oui, je suis vraiment la dernière des connes. Des comme moi, on n’en fait plus…

Ces deux types de réponses, outre leur « facilité », ont en commun de ne pas vraiment améliorer ni la communication avec nos interlocuteurices, ni notre estime de nous-même.
La Communication NonViolente nous invite à tenter deux autres approches.

Les deux nouvelles façons de recevoir un message

Se tourner vers soi

Ces façons ne vous sont pas forcément inconnues, mais elles peuvent demander un peu d’entraînement tant, souvent, on n’a pas appris à penser de cette façon. alice-le-guiffant-4-façons-de-recevoir-un-message-girafe-reflechit
Dans un premier cas, on peut se tourner vers soi et se demander ce que ça nous fait vivre, ce qu’on ressent vraiment à l’écoute de ce message. Puis, examiner ce que ça nous raconte sur nos besoins non-nourris.

  •  Quand ma fille me dit que je suis mal habillée, en vrai ça ne me touche pas vraiment parce que je crois que ça n’est pas très important pour moi mais il y a aussi une petite part de moi qui est triste parce qu’elle aimerait être validée. Et une autre part qui aimerait que ma fille soit à l’aise quand je sors avec elle. Ca me signale un besoin de confort et de tranquillité dans la relation..
  •  Quand ma collègue me dit que j’ai une petite mine, je suis contrariée parce que je n’ai pas envie qu’on commente ma tête. J’ai besoin de tranquillité et d’acceptation.
  •  Quand mon/ma partenaire critique mon non rangement, je peux être furieuse parce que j’ai besoin de reconnaissance pour tout le travail que j’accomplis le reste du temps. Ou je peut être triste parce que je constate que j’aimerais contribuer plus à la bonne marche de la maison.
  •  Quand la voisine me crie dessus, je suis hébétée parce que j’ai besoin de douceur dans les relations humaines et de communication !
  •  Quand mon frère m’informe que je ne le rappelle pas aussi souvent qu’il voudrait, je me sens un peu troublée parce que j’ai envie de prendre soin de cette relation et que je me demande si mes actions sont à la hauteur de mes envies. C’est un besoin de congruence. Ou je peux être exaspérée parce qu’il n’appelle pas très souvent non plus. Et là, c’est parce que j’ai besoin d’objectivité. Ou je peux aussi me sentir coupable parce que j’ai besoin de réciprocité…
  •  Et enfin, quand on me dit que je suis conne je suis consternée si j’ai vraiment besoin de considération, je suis agacée si j’ai besoin de partage et d’évolution et de conversations constructives, je suis triste si j’ai besoin de connexion…

Vous voyez le principe. Il s’agit simplement (et c’est tout sauf simple) de se demander : mais vraiment, je ressens quoi, au fond, quand j’entends ça ? Et qu’est-ce que ça dit de moi et de mes besoins du moment ? Mettre le doigt sur le besoin a un effet apaisant immédiat. Ah, j’ai besoin de douceur, c’est pour ça que cette violence m’a fait si mal ! Ah, j’ai besoin de respect, c’est pour ça que je suis autant en colère. Etc.

Se tourner vers l’autre

Enfin, si on est assez aguerri et assez en forme, on peut aller tenter d’entendre ce que l’autre dit vraiment. Marshall Rosenberg, qui a mis au point la communication non violente, affirme que les deux seules choses que disent vraiment les humain.e.s dans leur vie c’est « merci » et « s’il te plaît ».

Nous disons « Merci »

Quand nous sommes content.e.s de quelque chose.  « Ta tarte est trop bonne » (merci pour ce régal qui nourrit mon besoin de douceur).  « T’es belle ! » (merci de nourrir mon besoin de beauté). « Le concert était génial » (merci pour ce temps de partage et de sérénité ou au contraire ce divertissement et ce défoulement). « J’te kiffe » (merci pour tout ce que cette relation avec toi me permet de vivre). « Oh, un bouquet, il ne fallait pas » (merci d’avoir pensé à moi) etc.

Nous disons « S’il te plaît »

Quand au contraire, nos besoins ne sont pas nourris. Alors, forcément, le « s’il te plaît » n’est pas toujours facile à décrypter. On ne comprend pas d’emblée ce que l’autre veut dire d’autant que souvent, les phrases prononcées sont tout à fait contreproductives et donnent envie de tout sauf de prendre soin de l’autre. Reprenons une dernière fois nos exemples du début et tentons de voir quels « s’il te plaît » il y a derrière et comment nous pouvons tenter en tout cas, de nous relier à la personne et à ce qu’elle dit au fond.

  •  Est-ce que ma fille a honte et qu’elle a besoin d’inspiration, d’harmonie ? Est-elle est dégoûtée et a-t-elle besoin de beauté ?
  •  Est-ce que ma collège s’inquiète pour moi ? Elle a besoin d’être rassurée ? Est-ce qu’elle est jalouse, qu’elle se compare et qu’elle a besoin de considération ?
  •  Peut-être que mon.ma partenaire est triste, ou découragé.e et qu’iel me demande de l’aide, qu’iel a besoin de soutien. Ou de respect de son temps et de son énergie. Ou de reconnaissance pour son rangement.
  •  J’imagine que la voisine est furieuse et qu’elle a besoin de considération. Ou qu’elle a très peur et que c’est sont besoin de sécurité qui s’exprime !
  •  Probablement que mon frère est fatigué qu’il aurait besoin de relais, de soutien pour prendre soin de la relation. Ou qu’il est contrarié pour la même raison.
  •  Quant à cette personne qui me demande si je suis con.ne : elle semble exaspérée, ou hors d’elle, elle a besoin d’efficacité, peut-être ou de je ne sais quoi, le contexte ne permet pas là de le trouver !

Dans tous les cas, on ne sait pas (et c’est utile de s’en souvenir) ce que l’autre ressent. On peut supposer, on peut tomber plus ou moins juste, mais on ne sait pas. Il n’est pas interdit de faire des hypothèses, de poser des questions. La difficulté, c’est de le demander adroitement, sans que l’autre se sente psychanalysé, ou mis sur le grill.
Mon conseil c’est de ne pas tenter de poser ces questions à voix haute, mais de les garder pour soi.

Pourquoi c’est important d’avoir de la clarté sur les quatre façons de recevoir un message ?

Marshall Rosenberg disait qu’avec un peu d’entraînement, on pouvait réussir à ne plus jamais entendre de critiques de sa vie. Il suffit pour cela d’écouter de la bonne façon et de se souvenir à chaque instant que quand l’autre nous parle, c’est à partir de sa vision du monde, à partir des besoins qui lui sont propres.
Et du coup, il est possible de rester plus ou moins détendu.e quand on entend des phrases qui, auparavant, nous auraient fait grincer des dents.
Ca n’empêche pas d’être tout à fait désolé.e si on a vraiment fait un truc qu’on aurait préféré ne pas faire et qui a eu un impact sur l’autre…  Et de le dire si c’est le cas, sans se flageller !

Pour lire les autres exercices de CNV :

Transformer ses émotions

Se redonner le choix

Et si vous voulez savoir pourquoi j’ai illustré ce texte par des images de chacal et de girafe, vous pouvez aller lire la réponse ici. 

Je serai curieuse de lire vos commentaires suite à la lecture de cet article. Est-ce que ça vous semble facile d’écouter vos interlocuteurices autrement ? Est-ce que ça vous donne au moins envie d’essayer ? Dites-moi comment ça se passe dans ce cas-là !

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