Où est-on ? Sûrement quelque part…

alice-le-guiffant-ou-est-on

Le sous-titre de cet article était : Reprendre du pouvoir sur sa vie….

 

Tout ce silence. Toute cette absence. Depuis deux mois et demi, je me tiens à distance (le plus possible) d’internet. Bien sûr, j’y cherche encore mes recettes de cuisine et j’y écoute ma musique. Mais plus de facebook, presque plus d’infos, beaucoup moins de mail. J’ai même limité le téléphone, c’est dire ! .

J’ai eu besoin de tout ce temps, tout cet espace pour reprendre du pouvoir sur ma vie.

L’annonce du confinement m’a plongé dans une sorte de sidération dont j’ai mis 2 semaines à sortir.
J’étais suspendue à la bouche du ministre de truc, du président de bidule, du sous-sous-chef de cabinet de machin… A guetter les infos pour savoir ce que j’allais perdre comme droits et gagner comme obligations… ce qui allait être possible pour moi, pour mes enfants, pour le reste du monde…
Au lieu de me sentir complètement démunie et à la merci du prochain décret, j’ai décidé de décider pour mon royaume intérieur.
Le dernier article que j’ai publié, annonçant mon besoin de pause, était une façon pour moi de prendre acte de cette sidération et de tenter autre chose que ce que je faisais – qui visiblement ne fonctionnait pas. (J’aime cette phrase, attribuée à Einstein qui dit :« La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent »).

Et du coup, je me suis retirée de tous les circuits dans lesquels j’étais. Volontairement. J’avais l’impression qu’on m’avait coupé de tout, qu’on m’avait interdit d’aller travailler, de danser, de voir mes amis, mes parents, qu’on m’interdisait tous les déplacements à plus de 1km, puis à plus de 100km… alors j’ai décidé que c’était ce que je voulais.

J’ai décidé que je ne voulais plus aller voir personne, plus aller travailler. Et que j’avais envie de me promener une heure par jour, autour de chez moi. Et de ne rien faire.

Donc, j’ai  choisi de ne rien faire et de le « non faire » même pas de façon constructive. Certains, quand ils ne font rien, le font avec application. Ils méditent, contemplent, pensent. Moi, non. J’ai glandouillé. Totalement improductivement. Ce qui est, en temps normal, relativement douloureux pour moi car j’ai construit mon estime de moi-même sur mon efficacité, ma capacité à avancer, à produire, à créer.

Là, rien. Ca a duré un moment. Long.
Et puis, j’ai enfin eu les clés de ma nouvelle maison (avant d’être officiellement propriétaire) et petit à petit, j’ai passé de plus en plus de temps dans le jardin. J’ai commencé un potager. J’ai arraché du papier peint. Fait de la peinture. Pas trouvé d’électricien. Demandé conseil et posé mes câbles toutes seule. (fait les saignées, passé les fils dans les gaines, les gaines dans le mur, rebouché les murs!)
J’ai fait des cartons.
Rangé ma maison, rangé ma tête. (apparemment, je ne suis pas la seule à avoir fait ça!).

Tenté de penser à l’avenir, de penser l’avenir – et renoncé.

Dans le jardin, j’ai passé du temps à regarder autour de moi. Je plantais le pied de tomate qui était sous mes yeux, puis j’arrachais l’herbe qui était à côté du plant et je passais ainsi d’une tâche à l’autre, sans logique, sans urgence d’efficacité – et c’était bon de prendre ce temps à faire volontairement autre chose que d’habitude.

A la maison, j’alternais entre les discussions avec les enfants, les courses (on a beaucoup mangé pendant le confinement!) quelques cartons à faire par-ci et beaucoup de rien par-là.

Puis les choses se sont accélérées, le déménagement s’est approché, il a fallu faire encore plus de travaux, encore plus vite, plus de cartons, beaucoup de ménage… J’ai travaillé non-stop, et, après toute cette inactivité « forcée », ça m’a fait du bien ! Je continue d’aimer être active, et d’apprécier la sensation, le soir, d’avoir accompli quelque chose, même si c’est juste d’avoir terminé un carton ou planté une courgette.

Mais surtout, faire tout ça, ça m’a permis de trouver, en moi, d’autres espaces de liberté.

Et du pouvoir, là où je m’en sentais totalement privée.
S’approprier de nouveaux savoirs, de nouvelles compétences, c’était-c’est encore- totalement grisant. Je sais dorénavant monter un circuit à partir du tableau électrique, poser un plancher, je manie la scie sauteuse et la viseuse sans appréhension – alors que, qu’est-ce que ça me semblait difficile avant de commencer ! Je regarde pousser mes plantes : c’est beau (même si elles ont soif !)

Me sentir compétente, de trouver de nouvelles forces en moi, ça m’a permis de ne pas me laisser happer par le vertige du vide et de la soumission à l’autorité qui décide pour moi ce que j’ai le droit de faire ou pas. Bref, de survivre au confinement sans trop de dégâts (je crois !).

Et alors, maintenant ? Sortie lente de déconfinement. Dans ma tête, il y a un avant et un après.
J’observe que je ne me sens pas du tout capable de revenir au monde d’avant. De toute façon, il n’existe plus. Je reste encore dans un présent immédiat, dans lequel je suis très peu disponible pour les sollicitations extérieures. Je crois que je vais rester plus ou moins confinée encore un petit moment. Le temps de finir de ranger et ma maison et ma tête.

En espérant que rapidement je sois capable de percevoir le monde d’après, celui que je veux contribuer à construire.

 

 

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